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NIS 2CybersécuritéANSSI · RéCyF 2025

RéCyF et NIS 2 : anticiper la gestion de crise cyber avant la loi

L'ANSSI vient de publier le Référentiel Cyber Français (RéCyF), un cadre de recommandations qui préfigure la transposition de NIS 2 en droit français. Autant s'y mettre maintenant, sans attendre le vote de la loi.

Équipe Alerty18 mars 20267 min de lecture

Ce qu'il faut retenir

  • Le RéCyF n'a pas de valeur contraignante, mais il donne l'image la plus fidèle de ce que la transposition française de NIS 2 exigera.
  • Son objectif 14 est consacré à la réaction aux crises d'origine cyber, avec des exigences plus étendues pour les entités essentielles que pour les entités importantes.
  • Pendant une cyberattaque, vos canaux habituels (e-mail, téléphonie IP) seront probablement hors service, ce qui rend nécessaire un canal de secours indépendant du SI.
  • Même l'annuaire de crise doit exister en version papier et numérique pour rester accessible dans tous les cas de figure.
  • Se mettre en conformité dès aujourd'hui, c'est gagner du temps sur la mise en place et être réellement prêt avant l'entrée en vigueur du texte.

NIS 2, RéCyF : où en est-on ?

La directive européenne NIS 2 a été adoptée en novembre 2022. Sa transposition en droit français, elle, se fait attendre. Dans l'intervalle, l'ANSSI a publié le Référentiel Cyber Français, qui traduit l'esprit de la directive en exigences opérationnelles. La future loi française devrait s'en inspirer largement.

Une précision s'impose : le RéCyF est un référentiel indicatif, publié pour aider les entités à préparer leur mise en conformité. Ses exigences ne sont pas juridiquement contraignantes à ce jour. Elles restent néanmoins le meilleur indicateur disponible de ce que le législateur retiendra.

Une fenêtre d'action avant la loi

Depuis l'adoption de NIS 2 au niveau européen, plusieurs milliers d'entités françaises réparties dans 18 secteurs critiques attendent de connaître le détail de leurs futures obligations. La France a pris du retard par rapport à d'autres États membres, mais la direction générale ne fait guère de doute.

En publiant le RéCyF, l'ANSSI indique les standards qu'elle recommande et sur lesquels la loi s'appuiera vraisemblablement. Le référentiel compte 20 objectifs de sécurité qui couvrent l'ensemble du cycle de vie de la cybersécurité, de la gouvernance à la continuité d'activité en passant par la gestion des accès, la surveillance et la réponse aux incidents.

L'objectif 14, consacré à la réaction aux crises d'origine cyber, mérite qu'on s'y arrête. Ses recommandations sont précises, différenciées selon le type d'entité (EI ou EE), et applicables sans attendre.

Les recommandations gestion de crise cyber du RéCyF

Voici l'intégralité des recommandations de l'objectif 14, telles que publiées par l'ANSSI, avec leur applicabilité aux entités importantes (EI) et/ou essentielles (EE).

Objectif 14 · Réaction aux crises d'origine cyber
14.1
EIEE
Définir, maintenir à jour et mettre en œuvre une procédure de gestion de crise en cas d'incident de sécurité nécessitant le passage en mode crise (notamment pour les incidents importants au sens de l'article 17 du PJL).
14.2
EIEE
Maintenir à jour une liste imprimée des personnes mobilisables dans la gestion de crise sur les sujets de sécurité numérique, avec leurs coordonnées.
14.3
EIEE
S'assurer que la liste des personnes mobilisables est accessible dans un format adapté à la nature de la crise : format papier si les SI sont indisponibles, format numérique si la version papier n'est pas accessible.
14.4
EIEE
Maintenir à jour un annuaire des parties prenantes externes (prestataires, partenaires, autorités) pertinentes dans la gestion de crise, en s'appuyant sur la cartographie de l'écosystème.
14.5
EE
Mettre en œuvre des retours d'expérience (RETEX) permettant d'identifier les axes d'amélioration et les mesures à mettre en œuvre suite à un entraînement, un exercice ou une crise réelle.
14.6
EE
Définir, maintenir à jour et mettre en œuvre les critères d'activation et de désactivation du dispositif de gestion de crise, prenant en compte les menaces cyber.
14.7
EE
Définir et mettre en œuvre des procédures et mécanismes de gestion de crise adaptés à la menace cyber, en s'appuyant sur les recommandations de l'ANSSI.
14.8
EE
Définir et mettre en œuvre des mesures pour isoler, protéger et reconstruire les systèmes d'information, activables en cas d'incident. Ces mesures couvrent également les infrastructures externalisées et sont cohérentes avec les plans de continuité et de reprise d'activité.
14.9
EE
Définir une stratégie de communication de crise cyber incluant des scénarios de crise, le schéma d'organisation de la communication, les outils de pilotage et des éléments de langage sur des sujets sensibles.
14.10
EE
S'assurer de la disponibilité de moyens de communication de secours, si possible sécurisés, opérationnels lorsque les canaux habituels (email, téléphonie IP…) sont indisponibles.

Ce que ces recommandations impliquent concrètement

Derrière leur formulation administrative, ces dix recommandations reposent sur une même idée : l'entité doit pouvoir réagir alors même que son infrastructure numérique est compromise. C'est le scénario type d'une cyberattaque grave, et c'est aussi celui pour lequel la plupart des plans de crise sont les moins bien préparés.

Prenez les recommandations 14.2 et 14.3, qui insistent sur une liste imprimée des contacts de crise. L'idée peut sembler datée, elle ne l'est pas : si votre Active Directory est chiffré par un ransomware, qui appelez-vous, et avec quel annuaire ? Le RéCyF prend ce scénario au sérieux.

La 14.4 élargit le cercle aux parties prenantes externes. Prestataires IT, hébergeurs, CERT, ANSSI : ces contacts doivent être identifiés avant la crise. Chercher le numéro de son hébergeur pendant l'incident fait perdre des heures qu'on n'a pas.

La 14.6, applicable aux entités essentielles, demande des critères d'activation documentés. Beaucoup d'organisations basculent en mode crise trop tard, quelques-unes trop tôt. Un seuil formalisé à l'avance évite d'improviser cette décision au pire moment.

La 14.9 sort du champ purement technique en préconisant une stratégie de communication complète : scénarios, organisation, outils de pilotage et éléments de langage prêts à l'emploi pour les médias, les clients et les partenaires.

La recommandation 14.10 : la condition de tout le reste

Une cyberattaque sérieuse commence souvent par neutraliser les outils de communication internes. E-mail, Teams, Slack, téléphonie sur IP : tout ce qui repose sur votre infrastructure peut tomber en même temps qu'elle. La recommandation 14.10 préconise donc des moyens de communication de secours indépendants du SI.

Ce point conditionne tous les autres. Une procédure de crise parfaitement documentée ne sert à rien si personne ne peut être joint pour l'appliquer. Qu'une loi finisse par l'imposer ou non, ce canal de secours est ce qui permet au reste du dispositif de fonctionner le jour J.

Pourquoi agir maintenant, sans attendre la loi

La transposition française de NIS 2 n'est pas finalisée, c'est entendu. Trois arguments plaident pourtant pour une mise en conformité anticipée.

D'abord, les délais de mise en place sont réels. Documenter des procédures, tester des dispositifs de crise, former les équipes et contractualiser des outils tiers prend du temps, généralement plus qu'on ne le prévoit.

Ensuite, le RéCyF est aujourd'hui le référentiel le plus fiable sur le sujet. Publié par l'ANSSI en co-construction avec l'écosystème, il reflète l'état de l'art des pratiques attendues et devrait constituer le socle de la future loi.

Enfin, les attaquants ne consultent pas le calendrier parlementaire. Les incidents touchant des entités critiques, hôpitaux, collectivités ou opérateurs d'importance vitale, se multiplient. La préparation opérationnelle s'impose quel que soit l'état du droit.

Plan d'action : s'aligner sur l'objectif 14

1
Cartographier vos procédures existantes

Avez-vous une procédure de gestion de crise cyber documentée et à jour ? (réf. 14.1)

2
Constituer et imprimer votre annuaire de crise

Liste interne, puis contacts externes : ANSSI, CERT, prestataires critiques. (réf. 14.2, 14.3, 14.4)

3
Formaliser les critères d'activation

Quels événements déclenchent votre cellule de crise ? Qui décide ? En combien de temps ? (réf. 14.6)

4
Tester via des exercices, puis documenter

Simulation de crise suivie d'un RETEX formalisé avec plan d'amélioration. (réf. 14.5)

5
Déployer un canal de communication de secours

SMS, notification push, appel vocal automatisé — indépendant de votre réseau interne. (réf. 14.10)

Alerty

Alerty comme canal de secours

Alerty envoie vos notifications par SMS, push et appel vocal depuis une infrastructure indépendante de votre SI. Le dispositif s'active en quelques secondes et répond directement à l'esprit de la recommandation 14.10 du RéCyF : pouvoir joindre vos équipes quand plus rien d'autre ne fonctionne.

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